« les choses de la vie | Page d'accueil | brouillon »

30.06.2008

brouillon d'incipit

Notre héros ne goûtait pas beaucoup le monde. A ce point, il aurait pu voir la terre disparaître sans hausser le sourcil. Dans ses bons jours , il n’avait pour le reste de l’humanité qu’indifférence, mais le plus souvent il éprouvait à son égard mépris et colère. Plus que tout, l’homme, ce produit de la chatte né entre la fiente et l’urine, l’ennuyait.
Il vivait seul, depuis longtemps. Pour son enterrement, si sa mort survenait à cette heure, il comptait sur deux ou trois parents. De toute façon, il n’y aurait pas plus de 7 ou 8 personnes au courant de sa disparition et dans ce nombre il fallait inclure le personnel administratif. En somme , il existait peu.
Longtemps il s’était méfié de l’amitié et de l’estime des hommes, sachant trop sur quoi généralement il les fonde. A présent,tout cela lui était indifférent. Même , à certaines heures, cela ne l’aurait pas dérangé d’avoir un ami. Non pour passer des instants agréables, pour faire société, simplement pour le rattacher à la terre. Lorsqu’on vit seul pendant longtemps, le monde perd de sa réalité. Très souvent, notre héros avait l’impression qu’il lui suffirait d’un seul appel du pied pour décoller , basculer dans la folie. Pour résumer, il lui fallait un garde fou.
Encore jeune, il avait le sentiment d’une incroyable vieillesse. Il était fatigué, tout simplement fatigué. Rien en particulier ne l’attachait à la vie. Ni ami, ni passion, ni plaisir. Personne ne dépendait de lui. Sa disparition ne laisserait aucun vide ou si bref qu’on ne s’en apercevrait pas. Bref, il était dépressif.
La dépression a quelques avantages. Elle nous permet de voir le monde sous un jour assez sombre, celui de l’apocalypse. Parfois, elle prend le nom de pessimisme et permet de bâtir une œuvre philosophique. Elle permettait à notre héros de partager le regard de Pascal et des anciens chrétiens. Un jour, notre héros avait parlé à son psychanalyste de la vanité de l’existence. Celui-ci avait répété l’expression en riant. Notre héros n’avait pas apprécié et à partir de là les choses n’avaient plus été pareilles entre eux. Jadis, un psychothérapeute l’en avait félicité de façon obséquieuse. Ce n’était pas mieux.
La frivolité des hommes l’amusait. La poursuite des femmes lui apparaissait comme une perte de temps, celle de l’argent, de la gloire, du pouvoir comme le signe d’une inexcusable puérilité. C’était étonnant. C’était à des enfants qu’on confiait le pouvoir, c’était des enfants qu’on honorait sous le nom de grands hommes. Toutefois, sur ce point , il entrevoyait une position philosophique qui était de vivre, et même de poursuivre toutes ces choses, tout en en connaissant la vanité qui n’est, au fond, que celle de l’homme. Il devenait humaniste et aspirait à assumer l’humaine condition dans ses grandeurs et ses petitesses. Il ressemblait de plus en plus à un professeur de lettres de la IIIe république et se surprenait même parfois à condamner le pessimisme comme une puérilité encore plus grande que la poursuite des honneurs. Il changeait. Mais l’habitude avait laissé en lui un fonds de pessimisme et c’est ce fonds de pessimisme qu’il faut expliquer.

Ecrire un commentaire