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27.05.2008
les profs ne savent rien de la vraie vie
J’ai, entre ma 15 e et ma 25e année, occupé mes vacances à travailler. Sans piston, j’ai exercé les métiers les plus durs et les plus ingrats : ouvrier agricole, agent d’entretien, aide soignant, manœuvre maçon…J’ai eu l’occasion de côtoyer les vrais gens de la vraie vie et , hélas, on y trouve aussi une très forte proportion de gens qui vivent sur une autre planète :
-celui qui conduit sans permis et sans assurance
-celui qui plonge dans l’enfer du surendettement pour équiper sa maison en babioles électroniques
-celui qui tabasse son garagiste à coups de barre de fer parce qu’il a mal réparé sa voiture
J’ajoute qu’à mon sens, à part les infirmières, les flics , les profs et, dans le privé, les employés du bâtiment, beaucoup ne connaissent rien de la réalité de la France. Qui connaît le mieux la réalité entre le prof qui exerce en Zep, l’infirmière des urgences et le cadre bossant comme un fou en entreprise et qui de toute la journée ne croisera que d’autres cadres ?
Sans tomber dans le misérabilisme ou la foutaise sociologique, je veux dire ici que le prof touche chaque jour du doigt l’état réel du pays que ne déguisent ni l’idéologie, ni les chiffres du ministère, ni la propagande journalistique. Si je devais raconter , jour par jour, ce qui fait mon quotidien je tomberais sans doute dans l’exagération baroque d’un reportage de TF1. Tel n’est pas mon but même s’il est parfois bon de donner au français moyen un aperçu de ce qui se passe en coulisse ou à la périphérie, là où des gamines de 5e ont des rapports sexuels dans les toilettes, là où on trouve des familles de 10 enfants, 5 du père, 5 de la mère , ou , amusante variante, une famille de 5 enfants de 5 pères différents, là où des collégiens facétieux empoisonnent leur professeur avec de l’essence de violette ou blessent un camarade en lançant une échelle par les fenêtres. Détails , fatras, catalogue extravagant qui ferait le régal d’un journaliste à « détective » ou d’un auteur d’histoires tragiques du 16e ou du 17e .
Ici ou là, se recompose un monde infernal . Là où la déviance est la norme ,l’individu normal est déviant et l’élève qu’on remarque n’est pas celui qui, dans un moment de folie, saccage une classe mais bien celui qui, seul parmi la classe, rend son travail à temps.
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