« Suppôts et supplications | Page d'accueil | Hypocrite lecteur »

20.05.2008

pages tirées d'un projet de roman d'éducation

Il avait eu une expérience, un jour, avec Edith. Il connaissait cette fille depuis longtemps. Depuis la 6e en fait. Déjà, à l’époque, elle était amoureuse de lui. Des filles de la classe s’étaient joué d’elle en prétendant organiser un rendez-vous. Ces jours-là, il n’avait rien compris à l’atmosphère de la classe. Elles s’amusaient à colporter des échanges fictifs entre elle et lui. Pour la première fois , il avait éprouvé un sentiment d’absurdité, dû sans doute en grande partie à l’emploi du mot phallocrate, alors tombé en désuétude. Il avait eu un peu honte même, car Edith était franchement laide.
Ils avaient souvent été dans les mêmes classes, presque toujours en fait. Edith, en plus d’être laide, était très immature. Pour un rien, elle pouffait. Elle entrait dans les détails de sa vie organique avec une impudeur enfantine. Elle était un peu folle, obsédé par le japon et les mangas, dessinant beaucoup et s’absorbant dans les anime. Jean et elle avaient connu les débuts de la vague manga, époque club Dorothée. Des magasins avaient ouvert , on avait édité des titres . C’était au milieu des années 90. Il avait acheté pas mal de titres en traduction ou en import, des vidéos aussi, très chères. Rares alors étaient ceux qui s’intéressaient au manga. Ça n’avait pas vraiment pris à l’époque. Il avait fallu attendre un peu. A présent, c’est une lecture courante. On croise beaucoup d’adolescent au rayon manga. Souvent, ils en ont dans leur sac d’école et le lisent quand ils ont le temps. C’était leur seul point commun. En somme, elle et lui, bien avant que le mot soit connu en France , étaient des otaku. Il avait perdu de vue Edith après le bac.
Il était depuis quelque temps à la fac quand elle entra en contact avec lui. Il ne savait plus vraiment si un mot avait précédé sa visite. En tout cas, un jour, vers midi, elle l’attendait à la sortie. Il la suivit chez elle. Il se doutait de ce qui allait se passer. Ça ne manqua pas . Elle tenta de se faire comprendre à mots couverts. Vicieux, il la força à avouer carrément. Elle se sentait encore enfant. Elle voulait être adulte. Il dit qu’il allait y réfléchir. Pour se donner une contenance, pendant toute la conversation, il avait bu verre d’eau sur verre d’eau. Il alla aux toilettes. Il y avait une légère trace de merde. ça n’augurait rien de bon. Les choses allèrent un peu plus vite. Il joua un peu avec elle. Ils s’embrassèrent. Il découvrit ses seins et dut feindre de s’extasier. Ils étaient assez laids , affaissées , avec des poils. Naturels comme elle le dit elle-même. Il les embrassa, les lécha, les titilla, les mâchonna. Rien n’y fit, les tétons ne se dressaient pas. Tout cela lui sembla stupide. Il mâchait un bout de viande , c’est tout. Il glissa une main dans sa culotte. Elle eut un peu peur , lui aussi. Elle craignait qu’ils aillent trop loin, lui n’en avait pas envie. Elle lui demanda s’il bandait, il lui répondit oui pour lui faire plaisir mais il mentait.
Il rentra chez lui. Ils s’embrassèrent à la porte et il lui pelota les fesses. Elle se proposait de l’accompagner. Il déclina l’invitation. Il avait trop peur d’être aperçu avec elle. Il partit , but une bière dans un bar près de chez lui. Et ce fut tout.
Il la revit une fois peut-être puis elle rompit. Il faut dire qu’il lui avait exposé ses fantasmes. Elle, comme beaucoup de femme, voulait avant tout de la tendresse. Peut-être avait-elle eu peur ? L’année suivante, elle tenta à nouveau de rentrer en contact avec lui. Il ne répondit pas. Peut-être aurait-il dû. Il songeait avec regret à cette après-midi-là. Il aurait dû la pénétrer. C’aurait été déjà ça de pris. D’ailleurs, quelques années plus tard, il chercha vainement sa trace sur internet. Sans succès. Il faut dire qu’elle avait un nom compliqué. Et il se voyait pas appeler chez les gens pour demander s’ils n’étaient pas parents. Bref, une bonne leçon .

Ecrire un commentaire