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18.05.2008
Suppôts et supplications
L’enseignement est un acte de foi. Un sacerdoce nous dit-on. Le mot est galvaudé mais il convient. En effet, comme le Christ tout entier est présent dans l’eucharistie, il faut que Molière, Baudelaire ou Hugo soient présents à chaque heure de chaque jour de l’année , il faut qu’ils descendent de leur piédestal pour venir s’installer dans la classe. Tâche difficile et certains jours au-dessus de nos forces. De la même manière que la vieille liturgie se fait parole efficace dans la bouche du croyant, il faut que la parole des grands morts soit à nouveau vive pour toucher le vif, qu’elle ressuscite. Tout cela demande de la foi. Et sans foi les mots de l’auteur restent lettres mortes. Enfin, il y a quelque chose là de la conversion : car il faut que cette parole ancienne, parfois millénaire, si lointaine et si étrange puisse toucher, puis gagner l’élève.
Au temps des héritiers on prêchait des converties. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et chaque professeur est en terre de mission. Car enfin, il y a, dans les classes, quelque chose de diabolique. Un esprit qui toujours nie. Un esprit qui nie la beauté du texte, son intérêt, son importance. De la même manière que le diable contrefait l’œuvre de Dieu, l’inverse pour la bafouer, le professeur est en butte à des contrefaçons de langage, des ersatz de raisonnement, des restes d’orthographe qui chancellent avant de s’écrouler, morts. Et comme Satan renverse les rites divins, ici la promotion est à l’ignorance. Le cancre est élevé et l’on se moque du savoir. Et comme Satan rit de l’œuvre de Dieu, les âmes qui hantent ces lieux rient des grands auteurs et des grands textes. L’esprit qui nie, du fond de l’abîme, rugit et se moque de la lettre . Alors, à ceux qui franchiront les portes d’un Collège : toi qui entre ici, abandonne toute espérance.
« Au moins les martyres avaient-elles la consolation croire au Paradis. Pas les profs. Les profs sont là pour se faire enculer par les ânes, sous les huées de la foule. Tout le système a pour seule fonction de profaner le savoir. » P. Jourde.
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Commentaires
Yo... mélancolie de professeur, je connais bien... Utilitarisme forcené et absence de reconnaissance je connais bien... Se réfugier dans les tâches ménagères je connais bien...
On choisit un métier avec temps libre et on ne sait plus quoi en faire : au moins l'ouvrier, le cuistot ou l'informaticien ne se prend pas la tête et sort au bar, en boîte... paye tout plein pot... Et nous, juchés sur nos perchoirs, on se sent presque au dessus de tout ça, avec pour prix à payer une grande solitude.
On a tous besoin des autres ou de l'Autre. Pas facile je sais. Mais tout ce que je lis ici c'est beaucoup d'orgueil : le même orgueil qui pousse nos élèves à dire "de toutes façons moi je comprends rien, j'en ai rien à foutre".
Je suis passé moi-aussi par là et peut-être vais-je y retourner bientôt, qui sait??? La vie non sédentaire est ainsi faite... et on se laisse trop vite contaminer par les déboires de l'adolescence, de laquelle les post-modernes en mal de romantisme ne veulent plus sortir. On était adultes à 14 ans il y a un siècle.
Je vous souhaite bon courage. Vous avez un beau style d'écriture. Personnellement j'ai beaucoup écrit mais la vie active m'y a fait renoncer, comme la lecture, et comme tout phantasme de publication. Je ne m'en fais pas pour ça, ce n'est pas un mal, bien au contraire. Jésus et Socrate n'ont jamais écrit, et les bouddhistes pensent que Sumer et l'invention de l'écriture fut le plus grand malheur de tous les temps et a précipité ce qu'ils appellent "l'âge sombre", depuis plus de 3000 ans maintenant.
Préservez votre lucidité et restez en vie, vous faites partie des rares garants de la liberté de penser.
Ecrit par : sensei returns | 18.05.2008
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