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14.05.2008
notes pour un roman houellebecquien
Je n’entrevoyais pour l’avenir qu’un morne et lassante répétition des jours qui se succèderaient , toujours identiques, amenant avec eux une fatigue qui ferait bientôt place à un écoeurement de plus en plus insupportable.
Sous la lumière crue du supermarché, les choses perdaient peu à peu leur réalité. Devant une telle profusion, il devenait à peu près indifférent de choisir telle marque ou telle autre , d’acheter du fromage ou de n’en acheter pas. Cet étalage de marchandises prenait peu à peu la figure d’une vanité. Rien qu’à les voir, on se sentait rassasié, rempli même , jusqu’à la nausée, jusqu’à l’écoeurement , le cœur au bord des lèvres et prêt à jaillir pour aller s’étaler là , au milieu des pièces de boucher.
A la caisse, un couple d’adolescents se tenait l’un contre l’autre, riant et babillant , parlant fort. Je me surpris à être jaloux. La fille n’était pas belle,elle était même assez vulgaire et son visage était encore envahi d’acné. Mais son corps était fermes, ses fesses pleines , son corps était impeccable , ce qu’un corps devait être, absolument, de toute nécessité : il ne laissait aucune place à la plus petite contingence. Nul pli, nulle veinule , rien : le poli immaculé d’une statue.
J’attendais . Il n’y avait pas grand-chose à faire de toute façon. Simplement à attendre son tour d’un air ennuyé, en jetant de temps à autre un coup d’œil aux autres clients. Bientôt, ce serait mon tour. La caissière m’accueillerait d’un Bonjour et avant que je m’en sois rendu compte je serais en train de me diriger vers le parking. Malgré tout, tout cela était diablement ennuyeux. Ma vie se répartissait entre ce Super U et la station service de l’Intermarché voisin. De temps à autre, je me payais la fantaisie d’un lavage auto. Mais c’était tout. Si l’on y réfléchissait bien , ma visite hebdomadaire au supermarché était le seul élément d’ordre social de ma vie. C’était l’occasion de voir du monde et de participer de la vie commune. C’était même ma seule métaphysique et devant le rayon des plats préparés il m’arrivait d’hésiter entre le hachis, l’escalope milanaise ou le couscous. C’était important. Il y avait là un choix à faire qui engagerait le reste de ma semaine.
Parfois, il m’arrivait de sortir dans l’espoir d’un changement, d’un événement inattendu qui bouleverserait le cours de mes journée ou de ma vie. Il m’arrivait même de dire que chaque journée est un nouveau départ et que la journée qui s’annonçait , rompant avec le cours des jours, n’était pas tenue de ressembler à celle qui précédait. Mais ces moments d’espoir ou d’illusion étaient brefs et de toute manière de plus en plus rares. Je m’étais fait à l’idée que rien n’arriverait jamais. L’imparfait qu’était ma vie ne préparait aucun événement, aucun passé simple et je commençais à ressentir un peu mieux la tristesse âcre et rigolarde des romans de Flaubert. Ma vie n’était pas un destin, elle n’avait ni sens ni but, et cette découverte, faite il y a longtemps déjà, me désespérait. Je ne m’en remettais pas. Il n’y aurait pas pour moi, comme dans un roman de Houellebecq, l’éclaircie d’un amour. C’était foutu. Depuis toujours.
Si je m’ennuyais, si ma vie, d’un certain point de vue était vide, on ne pouvait pas dire que j’étais inoccupé. Le lavage et le repassage, le ménage, les courses et l’entretien de la voiture suffisaient à absorber l’essentiel de mon temps. On pouvait vivre comme ça, uniquement occupé à accomplir les gestes nécessaires au maintien d’une certaine forme de normalité. C’était harassant.
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Commentaires
La mélancolie portée avec autant de lucidité c'est poignant, bouleversant. Demain sera un autre jour...
Ecrit par : PLANET TAKA-YAKA | 18.05.2008
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